AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
 

 Journal d'une inconscience | Par Luke Hatter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage


Invité
Invité



MessageSujet: Journal d'une inconscience | Par Luke Hatter   Dim 5 Jan - 18:44

Bienvenue dans le journal du chapelier !

Il comprendra des pensées, des états d'âme, des souvenirs et bien sûr des fragments de sa folie.

Bonne lecture, si vous osez...






----------------------------------------------------------------



11 ans plus tôt...

« Luke ? » La voix d'Edmund Hensworth, le vieux médecin de Bedlam, était plus grave que d'ordinaire. Le jeune garçon couché en rond sur le sol de l'infirmerie ne leva pourtant pas le visage vers lui. « Mrs Atwood m'a dit qu'elle avait vu des marques sur ton cou en t'aidant à t'habiller ce matin. Tu permets que j'y jette un œil ? » Voyant que son patient ne s'y opposait pas, il s'accroupit à coté de lui et tira doucement sur le sol de sa blouse blanche. Il frémit en découvrant le triste spectacle de longues marques de strangulations brunes. Il se releva et contempla longuement le corps mince et extrêmement pâle de ce garçon qu'il suivait depuis plus d'un an. D'après son dossier, toute sa famille était morte dans un accident d'avion, puis il avait passé des mois dans le comas après s'être fait renversé par un bus. Comme il s'était réveillé transformé par ces drames, sa tante - qui avait sa garde - l'avait placé dans cet asile jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de dix-huit ans. Comme tous les parents sans doute, elle avait été désemparée d'apprendre qu'elle devrait se charger seule d'un enfant et peut-être même effrayée en s'apercevant qu'il n'était plus aussi 'normal' que l'aurait souhaité la société. Le docteur Hensworth ne jugeait pas les proches de ses patients. Il savait que certaines folies étaient ingérables en dehors d'un institut. Celle du jeune Hatter était différente de celles des gens qui séjournaient ici cependant. Elle n'était pas destructrice. Au contraire, lors de ses crises, le garçon rayonnait comme un soleil, était terriblement gentil avec tout le monde et voulait toujours faire le bien. D'autres étaient beaucoup moins sympathiques et c'était la raison pour laquelle Edmund se sentait tellement mal en ce moment-même. « Luke » appela-t-il d'une voix douce. « Est-ce que tu m'écoutes ? … Tu ne veux pas te lever ? Viens plutôt t'asseoir sur une chaise. Il doit faire froid par terre. » Mais son patient resta exactement où il s'était effondré en entrant dans la pièce. Il respirait lentement et ses yeux étaient ouverts. Ses prunelles d'un bleu incomparable fixaient un point invisible, plus loin sur le dallage. Voyant qu'il n'obtiendrait aucun résultat par le biais d'une banale conversation, le psychiatre alla jusqu'à son bureau pour ouvrir le premier tiroir et revint avec un sachet de thé dans son emballage. Il l'agita à la vue du garçon. « Du Assam. J'ai cru comprendre que c'était ton préféré, non ? » Luke suivit le paquet des yeux mais ne se redressa pas alors Edmund finit par le poser par terre devant son visage. Il l'avait à peine lâcher que le futur chapelier s'en empara vivement. Il déchira l'emballage pour en extirper le sachet et le colla juste sous son nez pour prendre une profonde inspiration. On eu dit un drogué. Il huma plusieurs fois le thé et le tint serrer contre lui, comme si c'était un doudou. Le cœur du docteur Hensworth se serra. Il n'avait pas l'impression d'avoir un garçon de seize ans à ses pieds. « Luke ? Il faut que tu me dises la vérité. As-tu essayé de te tuer ? » Se tuer ? Le britannique fronça les sourcils pour y réfléchir. Pourquoi aurait-il fait une chose pareille au juste ? Edmund finit par s'asseoir par terre devant son patient et tira encore sur sa blouse pour jeter un nouveau coup d'oeil aux lacérations qui devenaient plus violacées et noire chaque seconde. Elles étaient aussi sur sa nuque, ce qui n'avait aucun sens. S'il avait essayé de se pendre, avec la gravité, elles auraient du demeurer sur sa gorge et sous sa mâchoire, pas à l'arrière de sa tête. Comme un père, il posa doucement sa main sur les cheveux pour les caresser quelques instants, peinant à trouver le courage de poser la prochaine question. Mais il le fallait. « Qui t'a fait ça, mon garçon ? Tu dois me le dire. Quelqu'un est méchant avec toi ? C'est pour ça que tu avais aussi la lèvre fendue la semaine dernière ? Il faut que tu me le dises, Luke. Personne n'a le droit de te faire du mal. » Des larmes silencieuses roulèrent sur les joues du futur chapelier qui les épongea immédiatement avec son petit sachet de thé.
Il resta silencieux ce jour-là, roulé en boule sur le sol de l'infirmerie.


Dernière édition par Luke Hatter le Jeu 8 Mai - 19:55, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité



MessageSujet: Re: Journal d'une inconscience | Par Luke Hatter   Jeu 8 Mai - 19:50



11 ans plus tôt...

La douleur allait passer. Dans quelques secondes. Dans quelques minutes. Dans quelques heures.

La douleur physique passait toujours. Ce n'était pas comme celle de l'âme. Non. Celle-là persistait et, même quand la tête avait presque réussi à l'oublier, demeurait un vague malaise que rien ne pouvait chasser.
Qu'est-ce qui passait à la radio cette fois-ci ? Encore des balades tristes. Comme si l'appareil vétuste déjà trop souvent témoin de cette scène, avait compris que les cœurs n'étaient pas à la joie. Luke pleurait, comme d'habitude. Pas à cause des paroles. Il ne les entendait presque plus. Pourtant, ce n'était pas sur ses oreilles que des mains étaient posées. Ses oreilles étaient libres, elles au moins. Libres d'écouter les râles écœurants derrière lui et le grincement du mobilier en bois. Ses doigts se refermèrent sur le tissu qu'il agrippa de toutes ses forces. Il eut envie de gémir mais se retint. Ne pas faire de bruit. Ne pas empirer les choses. S'il faisait le mort, ça durait moins longtemps. Il avait eu l'occasion de le remarquer. Tellement d'occasions.
Dans le noir, Luke étendit la main gauche et la posa à plat sur le mur face à lui. Il savait que juste derrière se trouvait son ami Eddy Stapletone. C'était sa chambre ; ils étaient voisins à l'institut. Il aurait suffit qu'il frappe. Juste un petit coup. Il ne faisait aucun doute que la hyène serait venue et qu'elle l'aurait délivré. Oui, mais il fallait que personne ne sache. C'était la première règle et il y en avait d'autres. Ne pas s'endormir avant le verrouillage automatique des portes, au cas où. Ne pas faire de bruit. Ne pas regarder en arrière... Un mouvement plus violent l'emporta sur sa résolution de garder le silence et il étouffa un cri déchiré contre la main qui barrait sa jeune bouche. Elle se décolla de sa peau et une gifle lui chauffa immédiatement la joue. Luke sentit son dîner remonter dans son œsophage. Des mains agrippèrent brutalement ses hanches et leur propriétaire finit hâtivement son affaire. Le jeune chapelier, le visage inondé de larmes, ouvrit grand la bouche mais ne hurla que dans sa tête. Ce soir encore, personne ne saurait ce qui s'était passé. Et quand le docteur de l'institut, à sa prochaine visite, demanderait d'où lui venaient les bleus sur son corps pâle et maigre, il ferait comme d'habitude : il ne dirait rien.
Une fois seul dans cette triste pièce qu'était sa chambre, Luke remonta son sous-vêtement et son pantalon de pyjama avant d'essayer de se remettre debout. Un puissant haut-le-cœur le saisit alors et il vomit le contenu de son dernier repas sur ses draps. Il marcha avec difficulté jusqu'à la vasque contre le mur. Chaque pas lui coûtait. Il aspergea d'eau son visage et se rinça la bouche. Revenant lentement vers le lit, il prit l'oreiller épargné par son dîner et se coucha à même le sol. Ses doigts tremblants trouvèrent le petit sachet de thé qu'il avait caché dans la taie et qui lui servait de doudou. Il le colla contre son nez et prit une profonde inspiration pour se consoler de sa bonne odeur.

La douleur allait passer. Dans quelques heures. Dans quelques jours. Dans quelques années.



...
Revenir en haut Aller en bas
 

Journal d'une inconscience | Par Luke Hatter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 ::  :: Journaux Intimes-